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Je suis partie en 2005 à la recherche de la légende d'un guerrier au visage à moitié tatoué, Nikorima. Persuadée que quelqu'un pourrait me raconter cette histoire, j'ai pris l'avion et me suis rendu 3 mois sur les îles de Polynésie française. Cette histoire, personne ne la connaissait, mais intriguée par ma démarche, je venais tout de même de l'autre coté du monde pour entendre une histoire, les gens m'ont guidée chez les anciens et leurs ont demandé de me raconter les légendes des guerriers qui avaient foulé leur terre. Alors que je cherchais une histoire bien précise, je me suis retrouvée à écouter durant des heures, parfois en français mais souvent en tahitien ou marquisien, une multitude de légendes, des bouts d'épopées, des mythes, des morceaux du chant de la création du monde. Ces légendes m'étaient données, je les écoutais, enregistrais, traduisais mais il ne m'apparait qu'aujourd'hui que l'on me donné bien plus; des trésors, la mémoire, le livre sacré, les racines d'un peuple. Lorsque que je suis rentrée en Septembre 2005, j'étais bouleversée, et je ne me sentais pas à ma place pour pouvoir raconter ces histoires. Une parole est venue me pousser, comme une main qui vous pousse sur un fil au dessus d'un gouffre. C'est Débora Kimitete qui, avec ce regarde sombre qu'ont les polynésiens, m'a dit, "Oui tu vas te tromper, tu n'es pas Polynésienne et des choses vont t'échapper, mais l'offense n'est pas de se tromper, c'est de se taire alors que les vieux ont parlé. C'est à toi qu'ils ont donné, alors raconte". De ce jour, j'ai commencé à raconter les légendes que l'on m'avait transmises. Mais il y avait une dimension, une puissance que j'avais sentie aux Marquises que je ne pouvais trouver dans les mots, alors malgrès moi, sans que je ne puisse le contrôler, j'ai commencé à danser les histoires. Je me suis inspirée des gestes que j'avais vu, j'ai demandé des conseils à Jane Burns, chorégraphe tahitienne vivant à Paris et j'ai affiné mes gestes, appris des chants en tahitien, marquisien, j'ai mixé le tout, et mes premiers spectacles sont nés. En 2006, le musée du Quai Branly a ouvert ses portes, et l'on m'a contactée afin de créer une visite contée pour donner un autre regard sur les collections, celui du peuple qui est représenté et non celui du peuple qui regarde. J'ai alors étendu mon répertoire aux peuples d'Océanie et ce sont des chercheurs qui m'ont aidée à comprendre les histoires et ceux à quoi elles se raccrochait. Ensuite, je suis partie en 2007 sur l'île de Pâques, toujours à la recherche de cette histoire de guerrier tatoué et là encore je me suis retrouvée à entendre des légendes, paroles rescapées d'un peuple de survivants. Depuis je pars chaque année, je retourne aux Marquises revoir ceux qui ont bouleversé ma vie, à l'île de Pâques voir celui avec qui je me suis liée pour la vie et j'y apprends cet autre regard sur le monde, écouter le vent, repérer les étoiles, apprendre le noms des rochers, vivre et respirer, cet autre regard que j'essaie de transmettre dans mes racontées. La légende de Nikorima, je ne sais pas si je l'entendrais un jour, il faut que je trouve de quelle île elle vient, mais elle m'a mise sur le plus beau chemin, celui de la vie et les histoires que je raconte sont celles qui viennent faire résonner les cordes de mon être le plus profond. Ces histoires nomment un monde que je ne connais pas, mais qui est celui dans lequel je me reconnais. Voilà pourquoi je raconte avec autant de ferveur. J'aime à faire connaitre cette culture que j'ai découverte, cette culture sur laquelle nous avons tant de clichés. Je vais à la rencontre des gens, je cherche, questionne, ethnologues, anthropologue, artiste et j'essaie d'aller au plus juste pour redonner les codes de ces peuples si peu connus. Malheureusement cela laisse peu de place aux autres histoires et mon répertoire voyage désormais d'île en île. Ma recherche artistique n'en est qu'à ses débuts, je travaille seule, j'ai tout appris sur le tas. Initiée par Gilles Bizouerne, épaulée par Bruno Delasalle quelques années, je continue à remettre en question mon travail pour le faire avancer. Musiciens, danseurs, voici les grands projets qui sont à imaginer, mais je ne peux tout mener de front et pour le moment c'est l'écriture et la publication qui m'appellent. A l'heure où je me prépare à mener ma vie entre la France et l'île de Pâques, départ prévu pour Juin 2012, ces histoires n'ont jamais autant vibré en moi, et si parfois j'ai eu des maladresses ou des moments de fatigue, ou de rage contre le musée par exemple, je ne peux que remercier ceux et celles qui m'ont fait confiance, qui m'ont ouvert leur scène, grande ou modeste, qui m'ont donné la possibilité de m'exprimer et de faire entendre ce cri de l'existence que sont les légendes, merci aussi à ceux qui viennent et parfois reviennent, écouter, voir à qui je ne sais pas toujours quoi répondre à part que je leur souhaite de trouver le chemin juste comme j'ai trouvé. Bien entendu, je n'oublie pas ceux qui m'ont transmis, dire merci est bien trop infime alors la meilleure manière que j'ai trouvé pour les remercier c'est de témoigner, raconter avec mon être tout entier.
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